Avoir conscience de la différence entre observer et interpréter

Observer signifie porter son attention sur un phénomène, de façon volontaire et avec un objectif. Interpréter signifie donner du sens à l’observation.

Faites-le vous-même

Observez la petite animation ci-dessous. À l’issue du visionnage et avant de reprendre votre lecture, prenez le temps de décrire en quelques lignes sur un carnet ce que vous avez observé.

Débriefing

Il est intéressant de noter que, quel que soit notre âge, nous ne pouvons pas nous empêcher de donner du sens à ces formes géométriques. Les objets sont vus comme des êtres animés à qui l’on prête des intentions et des émotions. Personne n’utilisera un vocabulaire (même simple) de rotation et de translation pour décrire factuellement l’enchaînement des étapes.

Décrire de manière neutre est extrêmement exigeant et souvent peu efficient : lorsque nous observons des lunettes sur un visage, nous les reconnaissons immédiatement. Nous interprétons, sans passer par une phase explicite du type « J’observe un objet avec deux disques translucides, qui doit correspondre à une paire de lunettes ».

De fait, voir et conclure sont tellement proches que nous ne parvenons plus à percevoir la distinction. Pourtant, dans des situations plus complexes, conceptuelles, il y a un risque à confondre ces deux phases car nous ne percevons plus la part subjective de l’interprétation. Quand la situation est plus difficile ou plus ambiguë, chacun peut être influencé par un point de vue personnel, des connaissances imparfaites et des considérations subjectives, et les conclusions peuvent s’avérer erronées.

Ce que font les scientifiques

De nombreuses sciences s’appuient sur des stratégies pour « soigner » la phase d’observation et bien la séparer de l’étape d’interprétation. Il peut s’agir, par exemple, de grilles qui incitent à expliciter les éléments observés que l’on observe, avant de passer à l’interprétation. Par ailleurs, le travail d’observation est souvent réalisé à l’aide d’instruments et d’outils qui rendent la prise de données plus précises et plus objectives.

Une histoire de science

La science qui étudie les comportements se nomme l’éthologie. Il peut être difficile de décrire le comportement d’un animal de manière purement objective : on est amené à lui prêter des intentions et celles-ci peuvent être le fruit de notre interprétation subjective de la réalité. Pour limiter cette influence, les scientifiques ont mis au point des grilles d’observation, nommées « éthogrammes ». Une fois sur le terrain, ils pourront identifier chaque comportement de l’animal, en s’appuyant sur des critères bien précis. Ces derniers sont les plus factuels possibles et permettent ainsi de séparer clairement la phase d’observation de celle de l’interprétation. Grâce à un tel outil, les scientifiques peuvent quantifier précisément le nombre de fois où l’animal adopte un comportement donné, les moments ou les endroits où il le manifeste le plus et, plus tard, chercher des causes qui l’induisent.

Éthogramme du loup, tiré de Mech (L. D.) et Boitani (L.), Wolves: behavior, ecology and conservation, Eds., 2010, n.

Pour éduquer l’esprit critique

Les élèves doivent prendre conscience de ce qu’est l’interprétation : un travail intellectuel qui donne du sens aux observations. On les alertera sur la nature « rapide » et plus subjective qu’on ne le pense de cette tâche.

Lorsqu’on fait le récit d’une situation, lorsqu’on apporte notre témoignage sur le déroulé de faits, nous le faisons en pensant que nous les décrivons objectivement, tels qu’ils se sont produits. Nous sommes parfois étonnés de la divergence entre notre discours et celui d’un autre témoin, et nous avons tout naturellement tendance à croire que les autres se trompent ou mentent. Nous devons prendre conscience que, même à notre insu, nous interprétons immédiatement tous les faits que nous découvrons et que nous sommes tous irrémédiablement subjectifs quand nous observons le monde. Lorsque cela sera nécessaire, il conviendra de baser nos interprétations sur une description aussi objective que possible et sur les meilleures connaissances disponibles.

Activités pour la classe

N’importe quelle séquence de sciences, de géographie ou encore de physique mobilisant l’observation pourrait être introduite par l’activité appelée Le théâtre des formes géométriques, qui reprend le mini-défi. En langues, cette activité permettra de souligner les particularités et la finalité du texte et du vocabulaire de la description.

Autres activités suggérées : 

Ici il s’agira d’amener les élèves à faire des aller-retour entre les phases d’observation et d’interprétation, dans un cours de SVT