Naissances à la pleine lune

VIDÉO

Une question d’observation

La pleine Lune approche et c’est l’occasion de commencer votre cours de sciences ou de mathématiques par un petit moment de réflexion décalée…

Un classique parmi les classiques : les soirs de pleine lune, assure-t-on, serait un moment où le nombre de naissances explosent. Il n’est pas utile de présenter cette affirmation sur un ton moqueur. Notre objectif n’est pas d’imposer aux élèves l’idée que de telles histoires sont ridicules – et de risquer d’en braquer certains. Nous voulons simplement les faire réfléchir à la notion de preuve. En réalité, cette affirmation est donnée sans preuves, mais il n’est pas impossible de s’en procurer. Comment faire ?

Un protocole observationnel

Les élèves peuvent spontanément émettre des idées sur la manière de répondre à cette question. Il faut comparer le nombre de naissances (par nuit) les soirs de pleine lune (ou les quelques nuits autour de l’événement) avec ce même nombre en dehors d’une période de pleine lune. Il sera nécessaire de s’appuyer sur un jeu de données assez grand : en effet, un soir donné, les naissances peuvent augmenter par le simple fait du hasard. Si on conclue à partir d’un nombre d’observations trop limitées, notre preuve ne sera que peu fiable. Un nombre d’observations plus grand sera au contraire la garantie d’une fiabilité des conclusions.

Pour en savoir plus ce critère, suivez ce lien !

Un scientifique dans sa classe

Après cette courte phase de réflexion, les élèves pourront découvrir la vidéo suivante. Daniel Rouan est astrophysicien, membre de l’Académie des sciences et président de notre fondation. Il s’est lui-même amusé à répondre à cette question.

Le point de départ d’une réflexion

Quels messages simples peut-on retirer ?

  • Parfois, certaines affirmations sont faites sans preuve.
  • Nous pouvons avoir des intuitions et elles ne viennent pas de nulle part ! Mais sans preuve, elles ne restent que des simples opinions, peu dignes de confiance.
  • Il est possible, par une méthode rigoureuse, de vérifier certaines affirmations. Si l’on obtient des preuves, il sera possible de leur faire confiance. Sinon, il faudra admettre que l’affirmation était erronée.

Pour en savoir plus sur ce critère et découvrir nos activités correspondantes, suivez ce lien !


Pour aller plus loin …

Le décodex

LECTURE / VIDÉO

Qu’est-ce que le Décodex ? « Le Décodex est un outil pour vous aider à vérifier les informations qui circulent sur Internet et dénicher les rumeurs, exagérations ou déformations. »

Mis à disposition par l’équipe des Décodeurs du journal Le Monde (une équipe de journalistes collaborent aussi avec Facebook, et publient maintenant également des vidéos de décryptage de l’information sur Youtube), le Décodex permet de vérifier la justesse d’une information en insérant une adresse web et de savoir si elle est plutôt fiable, ou pas.

Mais le même site met aussi à disposition un vadémécum permettant de s’auto-éduquer ou d’éduquer les autres à mieux vérifier ses informations, notamment en las croisant.

Pour vous guider dans vos recherches, vous pourrez donc exploiter les documents suivants, très utiles !


Pour aller plus loin…

France 24. Info ou intox ?

VIDÉO

Info ou intox est une émission de vérification des infos produite par France 24. Le plus de la série est d’expliquer au spectateur les outils permettant de plus facilement fabriquer des infox (des fausses informations).

« Internet et les réseaux sociaux sont une mine d’informations, mais dans le flux incessant d’images et de mots se glissent aussi toutes sortes de théories qui s’appuient souvent sur des fausses nouvelles. L’équipe des Observateurs de France 24 présente plusieurs cas récents d’intox, ainsi que quelques réflexes et techniques simples permettant de les repérer et vérifier. »

Voilà donc des outils pour l’esprit critique face aux médias et à l’info !


Pour aller plus loin…

Écrire avec ses pieds ?

RESSOURCE PÉDAGOGIQUE / VIDÉO

Découvrez un projet incroyable des élèves du Lycée Thibaut de Champagne.

Dans le cadre des ateliers d’initiation à la Pensée Critique réalisés en AP SVT avec leur professeur, Christophe Adourian, les élèves de TS1, TS2 et de la WebRadio ont en effet réalisé une expérience collaborative mêlant sociologie, psychologie, statistiques et science cognitive.

Christophe s’est pour cela inspiré d’une activité proposée par la Fondation La main à la pâte dans le cadre de son projet Esprit scientifique, esprit critique, pour les élèves du cycle 3. L’activité consiste en l’analyse d’un graphique mettant en évidence une corrélation entre le nombre de fautes d’orthographe dans une dictée et la taille des pieds. Mais vous allez voir ce que ces élèves avec leur professeur ont été capables de réaliser !

Quel objectif ?

Toutes les preuves ne se valent pas ! Une corrélation est un bon indice de causalité … mais une corrélation n’implique pas forcément une relation de cause à effet. Elle peut par exemple cacher un facteur de confusion (ici l’âge des élèves). Un travail autour de la notion de preuve est donc envisagé.

Une activité réalisable à partir du cycle 3, proposée par la Fondation La main à la pâte, consiste en l’analyse d’un graphique mettant en évidence une corrélation entre le nombre de fautes d’orthographe dans une dictée et la taille des pieds. Le but étant de mettre en évidence qu’une CORRELATION ne signifie pas forcément RELATION et/ou qu’elle peut cacher un facteur de confusion

Qu’ont fait les élèves de Christophe ? Les lycéens ont développé eux-mêmes un protocole expérimental auprès d’élèves plus jeunes (du CP au CM2) pour évaluer le lien entre taille des pieds et performance orthographique ! Ils ont ainsi pu se confronter à la complexité de la construction du savoir par la démarche scientifique (en mimant la rédaction d’un article de recherche) et expérimenter la nécessité de mettre à l’épreuve une hypothèse avant de la considérer comme un savoir. Ils ont également produit une vidéo de vulgarisation et ainsi découvert les règles d’une communication transparente (sources citées, données fournies), un des critères majeurs pour l’évaluation des sources d’information. Ils se sont enfin transformés en pédagogues de l’esprit critique pour leurs collègues plus jeunes : des élèves du CP au CM2 !

Un projet riche et complet, qui correspond pleinement aux principes d’éducation à l’esprit critique prônés sur ce site.

  • Toutes les ressources nécessaires pour la mise en place du projet sont mises à disposition ici : merci Christophe Adourian !
  • Et voilà la vidéo réalisée dans le cadre du projet, de quoi s’inspirer à volonté.



Pour aller plus loin…

James Randi et l’art de plier les objets par la pensée

VIDÉO

James Hamilton Randall Zwinge est mort le 20 octobre 2020. Il était connu – un peu partout dans le monde – sous le nom de James Randi et il était un magicien illusionniste et un incroyable démystificateur.

Le lecteur trouvera par ailleurs sa biographie. Ici nous voulons en quelques mots rappeler sa contribution à l’éducation de l’esprit critique.

James Randi s’est en effet fait connaitre, entre autre, pour sa capacité à démonter les prétendus pouvoirs psychiques exceptionnelles de personnages tels que Uri Geller. Alors que Geller prétendait avoir la capacité de plier cuillères et clés par la seule force de sa pensée (en se basant sur le mythe selon lequel les gens n’utilisent que 10% de leur cerveau, alors que lui était capable de débloquer le restant 90%: – un mythe, un mieux : un neuromythe depuis bien démonté), Randi reproduisait ses performances avec la seule force… de ses doigts. Il montrait ainsi au public stupéfait que les soi-disantes performances exceptionnelles de Geller n’avaient en fait rien d’exceptionnel car elles pouvaient être expliquées par des moyens plus simples et parfaitement en accord avec nos connaissances sur l’esprit (et la physique).

C’était là l’un des modus operandi les plus classiques de James Randi face à « l’extraordinaire » : chercher à comprendre, par l’investigation, la patiente reproduction des conditions, si cet extraordinaire ne pourrait pas être finalement expliqué par des lois connues. Et ainsi éliminer la nécessité de recourir à des explications très coûteuses en termes de création de nouvelles connaissances. Certains appellent ce modus operandi « le rasoir d’Ockham » : inutile de tout remettre en cause ou de chercher des explications improbables, quand des explications bien plus simples (et en phase avec nos connaissances) suffisent.

Vous trouverez ce principe également décrit sous le terme de « principe de parcimoinie » – et nous vous renvoyons aux précieuses et claires explications qu’en font les collègues de curiologie.org, cortecs.org, Hygiène mentale (à propos des affirmations extraordinaires et des limites à l’ouverture d’esprit).

Pour ceux qui n’ont jamais vu James Randi à l’œuvre, difficile de vous conseiller la meilleure de ses performances, heureusement largement consignées en vidéo. Nous vous suggérons donc en vrac les quelques vidéos suivantes.

L’affaire Benveniste

L’autre force de James Randi consistait à démasquer les tromperies – celles liées au paranormal (opérations chirurgicales miraculeuses, convocation des esprits, miracles) ou à des pseudo-sciences. C’est ainsi qu’en 1988, Randi – accompagné de John Maddox (alors éditeur en chef de la revue Nature) et de Walter Stewart (scientifique, expert en fraudes) – s’engage dans le cadre de l' »affaire Benveniste ». Le but du trio était de chercher à répliquer – dans le laboratoire même de Jacques Benveniste – les résultats apparemment extraordinaires obtenus par ce dernier à propos de la « mémoire de l’eau ». Ces résultats que la revue Nature avait décidé de publier (mauvaise idée?) en demandant à Benveniste de se soumettre à des « vérifications ». Randi chercha notamment comprendre par quels moyens de tels résultats auraient pu être obtenus sans faire l’hypothèse que l’eau garde une sorte de trace des substances avec lesquelles elle est entrée en contact une fois que celles-ci ont été diluées, au point qu’aucune de leur molécules ne peut plus y être détectée. Les résultats obtenus par Benveniste ne furent pas répliqués, incitant la recherche de biais dans les protocoles employés et dans les analyses statistiques.

S’émerveiller par la science

Plus généralement, la mission que Randi s’était donnée était à la fois simple et bien délicate : permettre au citoyen fasciné par l’extraordinaire (ou à la recherche de confort, de soutien et d’un peu de mystère) d’apprendre à s’émerveiller de la compréhension scientifique et fondée des phénomènes. L’attitude qui consiste à se demander : « Est-ce plausible à la lumière de mes connaissances? » est à la base de l’exercice de l’esprit critique et de la vigilance face aux informations que nous recevons et aux opinions que nous formons. Ce réflexe, pour s’exercer correctement, demande une base de connaissances solides, permettant de ne pas considérer comme plausibles des explications qui ne le sont pas. Les connaissances que nous fournit l’éducation – sur la nature, notre histoire, notre culture et sociétés – ont donc un rôle majeur à jouer dans notre vigilance et dans notre esprit critique.

James Randi a montré qu’une telle attitude et un goût pour la résolution – par la science – de mystères apparents peuvent devenir une source de plaisir et se transformer en spectacle.

Nous aimons donc lui rendre hommage. Ceux qui le souhaitent pourront tourner la tête vers le ciel en cherchant à apercevoir Asteroid 3163 Randi, nommé en 1981 en son nom.


Pour aller plus loin…

L’esprit critique en classe et en scène à Nogent-sur-Oise

RESSOURCE PÉDAGOGIQUE / VIDÉO

Ce film relate le projet pédagogique « Esprit scientifique, esprit critique », initié par La main à la pâte. Le projet propose aux élèves et aux enseignants d’affuter les outils leur permettant de se forger un avis sur le monde, en s’appuyant sur des séances de sciences. Bien observer, tester, expliquer, apprendre à soupeser l’information, s’y appuyer pour argumenter, cultiver ses capacités de collaboration et d’entraide, développer son imagination pour innover… Ces compétences sont au cœur de la pratique des sciences, et une fois acquises, peuvent être mises à profit dans la vie quotidienne pour se faire une vision solide et honnête du monde. Pour favoriser cette approche, les activités proposées aux élèves font porter l’attention sur la démarche d’esprit, les stratégies, les procédés employés pour résoudre un problème ou une énigme, puis à la possibilité de l’utiliser dans des situations de la vie de tous les jours. Mais mieux comprendre ce qu’est la science, sa manière de construire des connaissances de façon rigoureuse, permet aux élèves de distinguer plus sûrement les connaissances des opinions.

L’équipe du Centre Pilote La main à la pâte de Nogent-sur-Oise s’est appropriée le projet et lui a donné vie par un ensemble d’initiatives remarquables. Nous sommes certains qu’elles sauront vous inspirer.

Une expo interactive pour les parents

Pour que les parents découvrent autrement l’école, leurs enfants et les sciences, les élèves de 8 classes de cycle 3 ont conçu et présenté des ateliers interactifs dans le cadre des projets « ESEC » et « Enquête au musée ».

Au cours d’une soirée, les classes de l’école se sont ouvertes et de petits groupes de 4 à 8 élèves de chaque classe ont animé des ateliers pour faire vivre aux parents des situations propices à l’exercice de l’esprit critique et de l’esprit scientifique. Une centaine de personnes dont 70 parents environ ont tourné dans les classes et ont participé aux activités et réflexions proposées par les enfants. Pour les élèves, ce fut l’occasion de réinvestir et de consolider leurs acquis dans ce projet et pour les familles de mieux connaître et comprendre les apprentissages mis en œuvre à l’école. Les élèves guides ont pris très au sérieux leur mission et cela a contribué à des échanges riches entre élèves et parents. 

Un spectacle de théâtre inédit

Sciences en scène est un concept imaginé à Nogent-sur-Oise : il s’agit de présenter au cours d’une même soirée un spectacle théâtral scolaire et une conférence scientifique sur la même thématique. Les élèves (cette année 2 classes de CM2) ont travaillé en classe le module « Esprit scientifique Esprit critique », ils ont inventé et mis en scène un conte et une série de scénettes. Elena Pasquinelli, philosophe, spécialiste des sciences de la cognition, a donné une conférence scientifique sur ce sujet et de nombreux parents sont venus assister à l’évènement. La conférence est l’occasion d’engager des discussions avec les parents présents, que ce soit sur le sujet lui-même ou sur la manière dont les élèves l’ont travaillé en classe.

Les spectateurs ont apprécié tout le travail de réflexion mené au cours de l’année ! 

Ce que disent les parents

Nous avons appris à : « ne pas faire confiance à n’importe qui parce qu’il peut mentir, voler ou trahir », « nous mettre dans la peau d’un scientifique », « nous concentrer », « construire des connaissances avec plusieurs données ».Ce que nous retenons : « ne jamais baisser les bras et continuer jusqu’au bout », « faire une pièce de théâtre est un plaisir ! », « tout le monde a le droit de donner son idée », « avoir toujours confiance en soi pour réussir », « ne pas faire confiance à quelqu’un, juste parce qu’il est célèbre». 

Témoignage de Virginie Vitse, formatrice au CP de Nogent-sur-Oise et responsable de ce projet

« Le travail a duré une grande partie de l’année, je suis allée dans les classes deux fois par semaine à partir de novembre, 1h 1⁄2 consacrées aux sciences et 1h 1⁄2 pour le théâtre. Dès le début, en théâtre, on a travaillé le jeu dramatique et réalisé des exercices sur des textes scientifiques (provenant du module ESEC). Au bout de 12 semaines, la partie science s’arrête mais pas le théâtre qui continue jusqu’à la fin de l’année, en vue du spectacle.Une partie du spectacle a été écrit par les élèves à partir de textes collectés dans des documents, dans la littérature, dans le module ESEC, mais aussi à partir de leurs propres mots et ressenti. Les parents ont été impliqués dans le projet dès le début. Nous avons aussi mis en place un cahier « science en scène » qui est partagé en deux parties (science et théâtre) et qui permet de communiquer avec les familles tout au long du projet. » 


Pour aller plus loin…