Soyez savants, devenez prophètes

LECTURE

Charpak G., Omnès R. (2004). Soyez savants, devenez prophètes. Odile Jacob.

« Sans la science, on ne peut rien comprendre aujourd’hui au monde moderne. La démarche scientifique nous conduit à nous interroger sur le sens de l’homme, celui du monde qu’il a construit et de l’Univers qu’il habite, en somme sur les questions fondamentales depuis la nuit des temps. Nous avons voulu, dans ce livre, nous comporter en guides afin de permettre à chacun d’entre nous de jeter un regard sur le spectacle des lois qui président à l’architecture du monde. Parce que nous voulons faire partager ce sentiment, si proche du sacré, nous nous sommes retrouvés sur les terres de la philosophie et de la religion. Un autre ordre du monde ne peut venir que d’une sagesse où la science, ou plutôt ce qu’elle révèle, trouve sa véritable place. Rien n’est plus important que de donner aux jeunes l’éducation dont ils ont besoin, qui fera d’eux des hommes et des femmes libres, capables de comprendre l’Univers qui les entoure et sa signification. Il le faut, d’urgence, avant que des gourous, des marchands, des adorateurs de légendes ou des illuminés aient le temps de s’emparer d’eux. Qu’ils aient des savants le vrai savoir et des prophètes la lucidité et l’action éclairée. » G. C. et R. O. (Du site web de l’éditeur)

Georges Charpak est prix Nobel de physique 1992 et physicien au CERN. Il est à l’origine, avec Pierre Léna et Yves Quéré, de l’action La main à la pâte au sein de l’Académie des sciences.

Roland Omnès, physicien théoricien, est professeur émérite à la faculté des sciences de Paris-XI-Orsay.


Pour aller plus loin…

Enseigner l’esprit critique

LECTURE

Gauvrit N., Pasquinelli E. (Octobre 2019). Enseigner l’esprit critique. Pour la science, n° 505.

Selon votre bord politique, peut-être avez-vous pensé que tels ou tels votants ont manqué de discernement lors de la dernière élection présidentielle en France, en 2017. Qu’ils n’ont pas su distinguer les hypothèses des faits, les suppositions des conséquences logiques. Qu’ils sont tombés dans les pièges rhétoriques les plus grossiers, incapables d’analyser les arguments égrenés au fil des discours de candidats déloyaux. Ou bien encore qu’ils ont voté avec leurs tripes plutôt qu’avec leur cerveau. En quelques mots : qu’ils ont manqué d’esprit critique. C’est pourtant bien sur cet esprit critique, supposé acquis chez les citoyens responsables, que repose la légitimité de l’élection.

En politique, l’égarement des uns est la perspicacité des autres, car nous sommes au royaume de l’opinion. Dans d’autres domaines plus scientifiques ou plus tangibles, en revanche, un manque d’esprit critique conduit parfois à des décisions dont on peut démontrer qu’elles sont absurdes, dangereuses pour soi et son entourage, voire pour l’humanité.


Pour aller plus loin…

Devenez sorciers, devenez savants

LECTURE

Charpak G., Broch H. (2002). Devenez sorciers, devenez savants. Odile Jacob.

« Nous ne prétendons nullement dans ce livre renverser le cours des choses. Nous espérons seulement, en proposant quelques expériences de sorcellerie banales, montrer comment un certain nombre de sorciers modernes abusent le pauvre monde ! En apprenant à berner les autres, vous serez mieux préparés à déceler les boniments des marchands d’illusions qui cherchent à vous persuader de leurs connaissances hors du commun, que ce soit dans les domaines touchant à la santé, à la vie sentimentale ou à la politique. Nous ne voulons en aucun cas imposer une pensée unique, nous militons au contraire pour le doute, le scepticisme, la curiosité et la science. Restez savants, devenez sorciers !  Georges Charpak et Henri Broch ».  (Du site web de l’éditeur)

Georges Charpak est prix Nobel de physique 1992 et physicien au CERN. Il est à l’origine, avec Pierre Léna et Yves Quéré, de l’action La main à la pâte au sein de l’Académie des sciences.

Henri Broch est professeur de physique et directeur du laboratoire de Zététique à l’université de Nice-Sophia Antipolis.


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Vous y comprenez quelque chose M. Feynman ?

LECTURE

Feynman R. P. (2007). Vous y comprenez quelque chose, Monsieur Feynman ? Odile Jacob.

«  En avril 1963, le prix Nobel de physique Richard P. Feynman est invité à l’Université de Washington, à Seattle, pour donner des conférences sur les sujets généraux qui lui tiennent alors à cœur. On y retrouve ce théoricien de haut vol parlant de science, bien sûr, mais surtout des rapports entre raison et foi religieuse, des soucoupes volantes, des phénomènes paranormaux, de la responsabilité des scientifiques face à l’humanité, de la confiance qu’on peut accorder aux hommes politiques. Derrière le scientifique perce le brillant causeur, le séducteur plein d’humour et de mordant, l’esprit libre. Voici donc un document exceptionnel qui nous révèle Feynman tel qu’en lui-même. En toute liberté ». (Du site web de l’éditeur)

Prix Nobel de physique Lauréat, en 1965, du prix Nobel de physique pour ses travaux sur l’électrodynamique quantique, Richard P. Feynman a aussi joué, alors qu’il était encore très jeune, un rôle important dans le projet Manhattan, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Plus tard, il a contribué à expliquer le désastre de la navette américaine Challenger. À côté de ses travaux scientifiques majeurs – dont l’invention des fameux diagrammes qui ont révolutionné les modes de raisonnement et de calcul en physique -, il s’est aussi rendu célèbre pour ses dons de pédagogue.


Pour aller plus loin :

Du labo à l’école

LECTURE

Pasquinelli E. (2014). Du labo à l’école. Science et apprentissage. Le Pommier.

Mieux savoir ce qui se passe dans la tête des enfants quand ils font de la science permet de réfléchir à pourquoi enseigner la science aux enfants, et à comment le faire, dès le plus jeune âge. Ce livre tente d’expliquer les difficultés des élèves dans l’apprentissage des sciences et réfléchit à la manière de les dépasser, en favorisant une meilleure compréhension des contenus et de la nature de la science. Il nous informe des découvertes les plus récentes de la recherche en neurosciences sur les différentes stratégies pour enseigner les sciences. Ce faisant, l’ouvrage souligne les liens étroits qu’entretiennent science et éducation. Il nous permet ainsi de prendre conscience que, même si nous possédons en nous une capacité naturelle à faire de la science, la science est une conquête : acquérir des connaissances scientifiques et apprendre à faire de la science implique que nous nous donnions les moyens de dépasser nos limites… tout aussi naturelles que notre penchant à connaître le monde. Sans une structure éducative dédiée, la science avancée ne pourrait exister. Science et éducation partagent le même avenir…

Elena Pasquinelli est membre de la Fondation La main à la pâte, philosophe spécialisée en sciences cognitives, auteur d’ouvrages sur cognition, technologies, apprentissage.


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L’enfant, la science et le doute. Par Yves Quéré

LECTURE

Il est courant, notamment de nos jours, de tenir la science pour une école du doute, en tout cas pour la meilleure porte d’entrée à l’esprit critique. 

Elle qui a été durablement associée à l’idée de certitude, elle qui est censée nous apprendre le vrai et nous délivrer du faux, elle qui, fille du latin ‘scientia’, s’identifie à la connaissance, elle qui nous rassure par la robustesse de ses démonstrations, la science – sans perdre complète-ment ces divers visages – nous apprend que le savoir, à peine découvert, doit être questionné. Comme un suspect au Moyen Age, il sera trituré jusqu’à ce qu’il passe aux aveux : il ne serait bien souvent qu’une apparence, presque un faux-semblant. La vérité – si elle existe – semble le transcender largement, pouvant même aller jusqu’à le répudier. Aussi devons-nous le confronter tôt à notre esprit critique, voire à notre doute, cet état d’esprit où coexistent une sensation d’incertitude ou de méfiance que nous entendons dans douteux, et un sentiment de crainte qui transparaît dans redoutable

Lorsque l’Abbé Lemaître, résolvant l’équation d’Einstein, voit apparaître dans la solution un univers non pas figé mais en expansion, le doute va pouvoir surgir de toutes parts : soit vis-à-vis de son calcul, soit vis-à-vis du big bang qui en est la conséquence, soit vis-à-vis de l’équation d’Einstein elle-même. On sait qu’alors, saisi de doute quant à celle-ci, Einstein la modifiera en sorte qu’elle ne puisse se résoudre en autre chose qu’un univers figé. Et, le doute subsistant malgré les observations astronomiques de Hubble, on bâtira de nouveaux modèles représentant un univers en effet figé, à côté d’un autre, lui en expansion. Exemple, parmi tant d’autres, du doute comme ingrédient de l’aventure scientifique et, généralement, comme tremplin vers plus de savoir.

« De nouveaux modèles », voici prononcé le mot de toutes les incertitudes. Si la science ne nous donne, de l’aveu-même de son vocabulaire, que des ‘modèles’ de la réalité, sortes d’images (ou d’ombres portées ?) de celle-ci, allons-nous, au mieux, douter de la connaissance ou, au pire, la refuser ? Questions banales, sujets de baccalauréat, mais questions intéressantes qui heureusement ne freinent en rien la progression de la science dans sa prodigieuse description du monde, faite ou non de ‘modèles’.  

Il demeure, pour l’enseignement des sciences, notamment pour celui qui s’adresse aux enfants, bien loin du baccalauréat, une interrogation : le professeur doit-il semer déjà, en eux, l’esprit critique et le doute en même temps qu’il sème les toutes premières graines du savoir et de l’esprit scientifique ? Plusieurs professeurs m’ont demandé mon avis sur ce point. Je vais ici droit au but : ma réponse, en la forçant à peine, est résolument « non ».

Nous vivons depuis 20 ans l’aventure de La main à la pâte, et nous la vivons dans des pays aussi différents que peuvent l’être la Chine, la France, la Malaisie, le Timorleste, les États-Unis, le Soudan… Partout, nous découvrons à la fois la ténuité du terrain arrosé c’est-à-dire le peu de place attribué à la science dans les écoles, et l’extraordinaire soif des enfants, ainsi que leur joie, lorsqu’il sont invités à la rencontrer, à la pratiquer en même temps qu’ils l’apprennent. Pour eux, constater que le bouchon et le boulon lâchés ensemble arrivent en même temps au sol, observer comment un glaçon fond suivant qu’il est ou non entouré de laine, recréer avec de petites flûtes fabriquées par eux la gamme en quintes de Pythagore et comprendre son lien avec les nombres entiers petits…, s’apercevoir chaque fois ou presque que la ‘vérité’ est en général à l’opposé de ce qu’ils croyaient initialement, tout cela ne peut que stimuler leur curiosité et leur apprendre à observer, à imaginer, à raisonner, à rédiger et, quand nécessaire, à douter, mais d’eux-mêmes. Faudrait-il, en plus, qu’on les incite à la critique de ce qu’ils viennent d’apprendre et au doute quant à ce qu’ils viennent de réaliser, de découvrir et souvent de comprendre ? 

Faudrait-il qu’on leur fasse savoir que le bouchon et le boulon, en vérité, ne tombent pas au sol rigoureusement en même temps, ou que la gamme de Pythagore ne se referme pas exactement sur elle-même, il s’en faut d’un fifrelin ? Et que, par contagion, ils ne soient plus très sûrs que le glaçon fond moins vite dans la laine et, pourquoi pas, que trois fois trois ‘font’ neuf ou que la Terre tourne sur elle-même ?  

On peut voir dans la science-école-du-doute, l’arme absolue – sorte de panacée – contre l’arrogance et la violence, contre les communautarismes et autres obscurantismes… On peut ainsi estimer qu’acquérir le savoir et apprendre à le critiquer doivent aller de pair, en sorte de faire, de l’enfant, ce citoyen idéal auquel tous nous rêvons, instruit mais lucide, ouvert mais critique. 

Très bien, la science a tout pour aller en ce sens. Mais soyons, à l’école, moins ambitieux afin de l’être plus. L’être plus, c’est vouloir que les enfants s’ouvrent à la curiosité du monde, qu’ils acquièrent une imagination libre en même temps qu’un savoir rigoureux, qu’ils s’approprient les règles du raisonnement et que celui-ci s’exprime, chez eux, par un langage de logique, de clarté et de probité. Tout cela, ils ont à se l’approprier, bien souvent à partir de rien. De tout cela ils sont le plus souvent fort loin. Relevons déjà ce défi. Quand ils maîtriseront un minimum et de connaissances et de raisonnement, acquis l’un et l’autre par la pratique concrète d’une science ‘du premier ordre’, alors – mais alors seulement, c’est à dire nettement plus tard – pourra-t-on passer au ‘second ordre’, celui où les choses ne sont pas aussi simples que cela et où doit, de ci de là, s’installer un doute constructif.

Yves Quéré est physicien, membre de l’Académie des sciences, à l’origine avec Georges Charpak et Pierre Léna de l’opération La main à la pâte en 1995, membre de la Fondation La main à la pâte et de son conseil scientifique.


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