James Randi et l’art de plier les objets par la pensée

VIDÉO

James Hamilton Randall Zwinge est mort le 20 octobre 2020. Il était connu – un peu partout dans le monde – sous le nom de James Randi et il était un magicien illusionniste et un incroyable démystificateur.

Le lecteur trouvera par ailleurs sa biographie. Ici nous voulons en quelques mots rappeler sa contribution à l’éducation de l’esprit critique.

James Randi s’est en effet fait connaitre, entre autre, pour sa capacité à démonter les prétendus pouvoirs psychiques exceptionnelles de personnages tels que Uri Geller. Alors que Geller prétendait avoir la capacité de plier cuillères et clés par la seule force de sa pensée (en se basant sur le mythe selon lequel les gens n’utilisent que 10% de leur cerveau, alors que lui était capable de débloquer le restant 90%: – un mythe, un mieux : un neuromythe depuis bien démonté), Randi reproduisait ses performances avec la seule force… de ses doigts. Il montrait ainsi au public stupéfait que les soi-disantes performances exceptionnelles de Geller n’avaient en fait rien d’exceptionnel car elles pouvaient être expliquées par des moyens plus simples et parfaitement en accord avec nos connaissances sur l’esprit (et la physique).

C’était là l’un des modus operandi les plus classiques de James Randi face à « l’extraordinaire » : chercher à comprendre, par l’investigation, la patiente reproduction des conditions, si cet extraordinaire ne pourrait pas être finalement expliqué par des lois connues. Et ainsi éliminer la nécessité de recourir à des explications très coûteuses en termes de création de nouvelles connaissances. Certains appellent ce modus operandi « le rasoir d’Ockham » : inutile de tout remettre en cause ou de chercher des explications improbables, quand des explications bien plus simples (et en phase avec nos connaissances) suffisent.

Vous trouverez ce principe également décrit sous le terme de « principe de parcimoinie » – et nous vous renvoyons aux précieuses et claires explications qu’en font les collègues de curiologie.org, cortecs.org, Hygiène mentale (à propos des affirmations extraordinaires et des limites à l’ouverture d’esprit).

Pour ceux qui n’ont jamais vu James Randi à l’œuvre, difficile de vous conseiller la meilleure de ses performances, heureusement largement consignées en vidéo. Nous vous suggérons donc en vrac les quelques vidéos suivantes.

L’affaire Benveniste

L’autre force de James Randi consistait à démasquer les tromperies – celles liées au paranormal (opérations chirurgicales miraculeuses, convocation des esprits, miracles) ou à des pseudo-sciences. C’est ainsi qu’en 1988, Randi – accompagné de John Maddox (alors éditeur en chef de la revue Nature) et de Walter Stewart (scientifique, expert en fraudes) – s’engage dans le cadre de l' »affaire Benveniste ». Le but du trio était de chercher à répliquer – dans le laboratoire même de Jacques Benveniste – les résultats apparemment extraordinaires obtenus par ce dernier à propos de la « mémoire de l’eau ». Ces résultats que la revue Nature avait décidé de publier (mauvaise idée?) en demandant à Benveniste de se soumettre à des « vérifications ». Randi chercha notamment comprendre par quels moyens de tels résultats auraient pu être obtenus sans faire l’hypothèse que l’eau garde une sorte de trace des substances avec lesquelles elle est entrée en contact une fois que celles-ci ont été diluées, au point qu’aucune de leur molécules ne peut plus y être détectée. Les résultats obtenus par Benveniste ne furent pas répliqués, incitant la recherche de biais dans les protocoles employés et dans les analyses statistiques.

S’émerveiller par la science

Plus généralement, la mission que Randi s’était donnée était à la fois simple et bien délicate : permettre au citoyen fasciné par l’extraordinaire (ou à la recherche de confort, de soutien et d’un peu de mystère) d’apprendre à s’émerveiller de la compréhension scientifique et fondée des phénomènes. L’attitude qui consiste à se demander : « Est-ce plausible à la lumière de mes connaissances? » est à la base de l’exercice de l’esprit critique et de la vigilance face aux informations que nous recevons et aux opinions que nous formons. Ce réflexe, pour s’exercer correctement, demande une base de connaissances solides, permettant de ne pas considérer comme plausibles des explications qui ne le sont pas. Les connaissances que nous fournit l’éducation – sur la nature, notre histoire, notre culture et sociétés – ont donc un rôle majeur à jouer dans notre vigilance et dans notre esprit critique.

James Randi a montré qu’une telle attitude et un goût pour la résolution – par la science – de mystères apparents peuvent devenir une source de plaisir et se transformer en spectacle.

Nous aimons donc lui rendre hommage. Ceux qui le souhaitent pourront tourner la tête vers le ciel en cherchant à apercevoir Asteroid 3163 Randi, nommé en 1981 en son nom.


Pour aller plus loin…

L’esprit critique en classe et en scène à Nogent-sur-Oise

RESSOURCE PÉDAGOGIQUE / VIDÉO

Ce film relate le projet pédagogique « Esprit scientifique, esprit critique », initié par La main à la pâte. Le projet propose aux élèves et aux enseignants d’affuter les outils leur permettant de se forger un avis sur le monde, en s’appuyant sur des séances de sciences. Bien observer, tester, expliquer, apprendre à soupeser l’information, s’y appuyer pour argumenter, cultiver ses capacités de collaboration et d’entraide, développer son imagination pour innover… Ces compétences sont au cœur de la pratique des sciences, et une fois acquises, peuvent être mises à profit dans la vie quotidienne pour se faire une vision solide et honnête du monde. Pour favoriser cette approche, les activités proposées aux élèves font porter l’attention sur la démarche d’esprit, les stratégies, les procédés employés pour résoudre un problème ou une énigme, puis à la possibilité de l’utiliser dans des situations de la vie de tous les jours. Mais mieux comprendre ce qu’est la science, sa manière de construire des connaissances de façon rigoureuse, permet aux élèves de distinguer plus sûrement les connaissances des opinions.

L’équipe du Centre Pilote La main à la pâte de Nogent-sur-Oise s’est appropriée le projet et lui a donné vie par un ensemble d’initiatives remarquables. Nous sommes certains qu’elles sauront vous inspirer.

Une expo interactive pour les parents

Pour que les parents découvrent autrement l’école, leurs enfants et les sciences, les élèves de 8 classes de cycle 3 ont conçu et présenté des ateliers interactifs dans le cadre des projets « ESEC » et « Enquête au musée ».

Au cours d’une soirée, les classes de l’école se sont ouvertes et de petits groupes de 4 à 8 élèves de chaque classe ont animé des ateliers pour faire vivre aux parents des situations propices à l’exercice de l’esprit critique et de l’esprit scientifique. Une centaine de personnes dont 70 parents environ ont tourné dans les classes et ont participé aux activités et réflexions proposées par les enfants. Pour les élèves, ce fut l’occasion de réinvestir et de consolider leurs acquis dans ce projet et pour les familles de mieux connaître et comprendre les apprentissages mis en œuvre à l’école. Les élèves guides ont pris très au sérieux leur mission et cela a contribué à des échanges riches entre élèves et parents. 

Un spectacle de théâtre inédit

Sciences en scène est un concept imaginé à Nogent-sur-Oise : il s’agit de présenter au cours d’une même soirée un spectacle théâtral scolaire et une conférence scientifique sur la même thématique. Les élèves (cette année 2 classes de CM2) ont travaillé en classe le module « Esprit scientifique Esprit critique », ils ont inventé et mis en scène un conte et une série de scénettes. Elena Pasquinelli, philosophe, spécialiste des sciences de la cognition, a donné une conférence scientifique sur ce sujet et de nombreux parents sont venus assister à l’évènement. La conférence est l’occasion d’engager des discussions avec les parents présents, que ce soit sur le sujet lui-même ou sur la manière dont les élèves l’ont travaillé en classe.

Les spectateurs ont apprécié tout le travail de réflexion mené au cours de l’année ! 

Ce que disent les parents

Nous avons appris à : « ne pas faire confiance à n’importe qui parce qu’il peut mentir, voler ou trahir », « nous mettre dans la peau d’un scientifique », « nous concentrer », « construire des connaissances avec plusieurs données ».Ce que nous retenons : « ne jamais baisser les bras et continuer jusqu’au bout », « faire une pièce de théâtre est un plaisir ! », « tout le monde a le droit de donner son idée », « avoir toujours confiance en soi pour réussir », « ne pas faire confiance à quelqu’un, juste parce qu’il est célèbre». 

Témoignage de Virginie Vitse, formatrice au CP de Nogent-sur-Oise et responsable de ce projet

« Le travail a duré une grande partie de l’année, je suis allée dans les classes deux fois par semaine à partir de novembre, 1h 1⁄2 consacrées aux sciences et 1h 1⁄2 pour le théâtre. Dès le début, en théâtre, on a travaillé le jeu dramatique et réalisé des exercices sur des textes scientifiques (provenant du module ESEC). Au bout de 12 semaines, la partie science s’arrête mais pas le théâtre qui continue jusqu’à la fin de l’année, en vue du spectacle.Une partie du spectacle a été écrit par les élèves à partir de textes collectés dans des documents, dans la littérature, dans le module ESEC, mais aussi à partir de leurs propres mots et ressenti. Les parents ont été impliqués dans le projet dès le début. Nous avons aussi mis en place un cahier « science en scène » qui est partagé en deux parties (science et théâtre) et qui permet de communiquer avec les familles tout au long du projet. » 


Pour aller plus loin…

Piafbook : un projet du réseau des collèges pilotes La main à la pâte

RESSOURCE PÉDAGOGIQUE / SITE WEB

La Fondation La main à la pâte peut s’appuyer sur un réseau de collèges pilotes depuis la rentrée 2016. Au sein de ce réseau national, un groupe de collèges s’est lancé dans l’étude de la biodiversité de leur environnement proche en y associant une formation à la pensée critique. Nous racontons leur projet commun et leurs aventures sur un blog dédié : le piafbook !

Ce projet suit une approche originale de l’éducation à l’esprit critique qui s’éloigne de problématiques délicates pour se focaliser sur un objet simple en apparence : le monde vivant qui nous entoure. Les élèves sont plongés dans un scénario qui les incite à se questionner sur la légitimité d’une affirmation donnée. L’enquête scientifique qui s’en suit sert alors tout autant à susciter le goût pour les sciences qu’à s’interroger sur la notion de preuve et de confiance. Les activités proposées permettent d’outiller le raisonnement des élèves et de forger leur esprit critique de futurs citoyens.

Si vous êtes curieux et que vous voulez en savoir plus sur le projet :

  • Cette page vous permettra de connaitre tous les aspects du projet, les productions des élèves et des enseignants, et elle vous donnera les clés nécessaires pour vous lancer vous-mêmes.
  • Ici vous pourrez écouter en podcast Djamila Gadouche, professeur de SVT au Collège Pilote Louis Paulhan de Sartrouville vous parler de sa mise en place du projet.
  • Et si vous avez envie de vous faire une petite idée de ce que l’observation des oiseaux peut bien avoir à faire avec l’esprit critique … voici une activité immersive pour vous éclairer. Bonne enquête !


Pour aller plus loin…

Découvrez CQFD, un site pour enseigner l’esprit critique

Alors que les fausses informations scientifiques prolifèrent sur les réseaux sociaux, l’enseignement de l’esprit critique semble plus que jamais indispensable. La Fondation La main à la pâte lance le site CQFD, spécifiquement dédié à cette question.

Tout le monde est convaincu que la formation du raisonnement scientifique et de l’esprit critique représente un intérêt éducatif majeur. Mais peu d’informations sont données aux enseignants pour les guider dans cette tache difficile.

L’objectif du site CQFD est de proposer des outils concrets pour promouvoir l’éducation de l’esprit critique, en s’appuyant notamment sur l’enseignement des sciences.

Le site apporte des informations – fondées sur la recherche en sciences cognitives et en sciences de l’éducation – sur le concept d’esprit critique et les stratégies éducatives associées. Certaines idées reçues peuvent en effet entraver la mise en œuvre d’une pédagogie efficace de l’esprit critique.

C’est pourquoi le site CQFD recense un ensemble de « mythes » autour de cette question. Par exemple, l’esprit critique n’est pas une invitation au doute ou à la méfiance, mais plutôt une éducation de la capacité à accorder sa confiance aux informations fiables.

Afin de fournir aux enseignants des conseils et des réponses précises à leurs questions, des petits livrets sont mis à leur disposition. Le site fournit également une porte d’entrée sur des problématiques de société, comme la protection de la biodiversité ou la gestion des épidémies.

Un ensemble de ressources clés en main sont proposées. Pour chacune de ces ressources, des documents d’accompagnement sont fournis, y compris des vidéos tournées auprès de scientifiques experts du domaine. 

Le site propose par ailleurs un ensemble d’activités et d’outils que l’enseignant pourra exploiter pour se former ou pour construire ses séquences pédagogiques. Nos tutoriels d’accompagnement apportent des éclairages scientifiques sur nos outils naturels de raisonnement, et montrent des enseignants mettant en œuvre certaines activités de nos modules pédagogiques. Enfin, des témoignages et des récits d’enseignants, ayant eux-mêmes développé des outils pédagogiques à partir de nos ressources, sont proposés.

L’objectif de ce site est de renforcer la communauté des enseignants qui poursuivent l’objectif de développer l’éducation de l’esprit critique. Rejoignez-nous !

L’art de faire confiance. Pour un nouveau contrat entre la science et les citoyens

LECTURE

Enseigner les sciences, c’est faire découvrir les merveilles de notre univers : des étoiles aux oiseaux, du big bang à l’information génétique. Mais en réalité, comprendre les sciences nous apprend bien plus encore. A une ère où l’information circule de plus en plus vite, chaque citoyen doit être capable de trier le vrai du faux, reconnaître la connaissance éclairée de la rumeur et prendre, pour lui-même et pour la société, des décisions fondées. Le défi est de taille. Fort heureusement, enfants comme adultes, nous sommes pourvus naturellement d’une aptitude à rechercher des sources dignes de confiance et à distinguer le plausible de l’invraisemblable. Cependant, les questions de société ont de quoi dérouter : épidémies, dérèglement climatique, environnement… tous ces sujets complexes mettent à mal nos outils naturels de raisonnement. Faire confiance devient un art particulièrement difficile… Établir un nouveau contrat de confiance entre la science et la société est devenu un enjeu majeur aujourd’hui.

Enseigner les sciences ne peut se réduire à présenter la connaissance scientifique. En tant que futurs citoyens, les élèves doivent comprendre comment accorder de manière légitime et éclairée leur confiance envers un certain type d’informations. Ils doivent ainsi découvrir, en même temps que les objets qu’étudie la science, les outils et les stratégies que cette dernière met en oeuvre pour donner des garanties de fiabilité dans les conclusions qu’elle produit. Cet ouvrage vous permettra d’accompagner vos élèves – et vous-mêmes – dans cette compréhension.

C’est là tout l’enjeu de l’ouvrage L’art de faire confiance, d’Elena Pasquinelli et de Mathieu Farina. Les auteurs vous embarquent dans un voyage pour découvrir de l’intérieur cet univers passionnant mais d’apparence hermétique. Ils vous ouvrent les portes de grands laboratoires scientifiques et vous invitent à rencontrer ceux qui, aujourd’hui, produisent la connaissance sur laquelle la société s’appuie. Ainsi, vous suivrez, des forêts de montagne au laboratoire de génétique les écologues qui pistent les loups ; vous vivrez les moments de doute et de joie des physiciens du CERN qui percent les secrets de la matière ; vous irez à la rencontre des experts du GIEC qui rédigent les rapports sur le dérèglement climatique ; enfin, vous déambulerez dans les couloirs de l’Institut Pasteur et suivrez les étapes et les enjeux de la production des vaccins. Suivez les guides !

Sur la trace des loups

Le premier chapitre nous amène dans les forêts des Alpes italiennes, à la rencontre de Francesca Marucco, spécialiste du loup qui nous conduit sur ses traces. Notre attention sera portée sur les limites de nos intuitions naturelles, et les outils développés par la science pour rendre plus solides ses inférences.

Sur le terrain, impossible de conclure avec suffisamment de confiance sur la présence ou non du loup. Les échantillons sont envoyés dans un laboratoire d’analyse génétique, où les outils moléculaires remplacent l’œil pour parvenir à une identification fiable. C’est Guillaume Queney, le directeur d’Antagene, qui nous sert de guide.

Les données ainsi récoltées vont alimenter les modèles que des bio-informaticiens conçoivent et exploitent pour parvenir à décrire l’évolution de la population d’un animal discret et difficile à voir. La notion de modèle est fondamentale en science comme nous le présente Olivier Gimenez et toute son équipe du CEFE à Montpellier. Le modèle est une représentation simplifiée de la réalité, comme celle que nous élaborons intuitivement. Mais le modèle s’appuie sur des connaissances éprouvées et permet de faire des prédictions qui serviront in fine à l’améliorer. Les scientifiques ont des intuitions, comme chacun d’entre nous. Mais en s’appuyant sur des connaissances et des outils, les intuitions qu’ils forgent sont plus fondées et mènent progressivement à une connaissance fiable.

La chasse aux particules élémentaires

Le second chapitre nous conduit vers le plus grand laboratoire du monde : le CERN, véritable cité scientifique dédié à la mise au test d’hypothèses issues de la physique théorique sur les secrets de la matière. C’est ici qu’a été mis en évidence de manière expérimentale le boson de Higgs, une particule dont l’existence avait été prédite 50 ans plus tôt. Une véritable prouesse scientifique, couronnée par le prix Nobel.

Au sein du LHC, ce sont les détecteurs comme Atlas qui enregistrent non pas le boson lui-même, mais les traces que laissent les particules en lesquelles il se désintègre. Un travail d’une minutie inouïe. Pour découvrir Atlas, direction la « caverne », un temple sous-terre de technologie haut de 44 mètres et lourd de 7000 tonnes. On suit Benedetto Gorini, notre guide.

Mais la science, ce ne sont pas que des victoires. Que se passe-t-il quand la mise à l’épreuve des hypothèses révèle que celles-ci sont erronées ? Qu’il nous est difficile, dans nos vies personnelles, de chercher à vérifier ses intuitions et d’admettre, le cas échéant, que nous avons eu tort ! Les scientifiques s’en sortent-ils mieux que nous ? La suite du chapitre se déroule en la présence du physicien Marco Delmastro. Autour d’un café puis dans son bureau, Marco nous raconte la quête épique d’une « bosse », un signal sur le point de révolutionner la physique. Un signal qui se révélera être le simple fruit du hasard. Le récit de Marco est passionnant, bouleversant. Accompagnez-le, étapes par étapes, jusqu’à la révélation finale. Et découvrez comment le monde de la science veille, par son organisation, à lutter contre une tendance naturelle : l’envie de confirmer ses idées, même lorsque tout indique qu’elles sont fausses.

A la recherche de preuves sur le climat

Il est un sujet de science qui fait particulièrement l’actualité : le dérèglement climatique. Cette thématique quitte le cadre des laboratoires pour s’inviter dans nos vies : décideurs et citoyens sont invités à s’emparer d’une connaissance scientifique pour prendre des décisions et modifier nos comportements. Parfois cependant, tout se bouscule : au nom d’une liberté d’opinion, certains pensent pouvoir exprimer leur point de vue sur les causes de la fonte d’un glacier ou des températures enregistrées à un moment donné. De manière involontaire parfois, délibérée d’autre fois, certains surfent sur notre compréhension limitée du fonctionnement de la science et parviennent à semer le doute sur les connaissances établies par la communauté scientifique.

Le point de départ du chapitre nous amène au chevet du plus grand glacier de France situé près de Chamonix : la mer de glace. Sur place, son recul est saisissant. Mais comment relier cette observation à la théorie générale du dérèglement climatique d’origine anthropique ? Du fait des enjeu considérables pour nos sociétés, les sciences du climat se sont dotés d’un outil particulier : une communauté d’experts du monde entier – le GIEC – qui collaborent pour évaluer l’ensemble de la connaissance produite et rédiger des rapports qui résument l’état de cette connaissance à un instant donné. Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au CEA et co-présidente du groupe 1 du GIEC et Eric Guilyardi également directeur de recherche et ex-membre du GIEC, nous accompagnent dans notre réflexion : comment parvient-on, en science, à se mettre d’accord quand les avis divergent ? Comment concevoir que la science n’est ni un dogme, ni une somme de connaissances que chacun peut remettre en question ? Comment communiquer au grand public les notions d’incertitude et de confiance ?

Enquête autour des vaccins

Ce dernier chapitre est l’occasion de pénétrer dans un domaine qui, plus que tout autre, suscite la méfiance du grand public : celui de la santé. Le sujet des vaccins cristallise beaucoup de tension. Pour le grand public, il est difficile de comprendre si ses intérêts personnels sont vraiment pris en considération, alors que décideurs politiques et grandes industries semblent imposer à tous leurs positions. Plus que jamais, l’art de faire confiance est un art difficile.

Suivez-nous dans un laboratoire particulièrement symbolique : l’Institut Pasteur à Paris. Venez rencontrer un personnage haut en couleurs : Frédéric Tangy, directeur de l’unité de génomique virale et de vaccinologie, au cœur de la lutte contre les grandes épidémies. Il nous fera visiter les locaux et comprendre les enjeux de la vaccination. Puis nous pousserons la réflexion plus loin en cherchant à démêler ce qui, dans nos craintes et nos doutes est fondé et ce qui ne l’est pas. La méfiance est une arme précieuse, qui doit nous guider mais peut nous menacer si elle n’est pas utilisée à bon escient.

Messages à emporter

Un esprit critique outillé nous guidera vers les informations les plus fiables et les décisions les plus justes. Nous sommes naturellement dotés de tels outils, mais ils présentent des limites dans le cadre de problématiques de société complexes, et d’un monde de l’information en perpétuelle évolution.

Comprendre l’univers de la science est salutaire à plus d’un titre. La science n’est pas qu’une somme de savoirs, c’est aussi une boîte à outils qui guide la production de la connaissance de manière à éviter, autant que possible, une série de tendances naturelles et de biais qui peuvent entraver cette tâche. En comprenant mieux la science, on peut acquérir de tels outils et ainsi mieux raisonner.

Surtout, il est impossible à chacun d’entre nous de maîtriser l’ensemble des savoirs disponibles. En tant que citoyens, nous devons faire confiance. Mais comment le faire à bon escient ? Et doit-on légitimement accorder notre confiance à la science qui reconnaît ses limites et parfois même ses erreurs ? Découvrir les rouages de la science et sa dimension humaine nous permet en réalité de mieux accepter ses limites, et de plus facilement lui accorder notre confiance. Une confiance éclairée, fondée sur la sensation qu’elle est la meilleure voie d’accès à un savoir fiable. A condition qu’elle poursuive sa volonté de transparence et de pédagogie à l’égard du reste de la société, toujours plus désireux d’être associé au processus de réflexion et de décision.


Pour aller plus loin…

Une enquête pour l’esprit critique

RESSOURCE PÉDAGOGIQUE

L’esprit critique en s’amusant

Dans l’équipe des concepteurs des ressources pour l’esprit critique, on aime beaucoup les jeux et les ambiances immersives ! Quand on a souhaité faire travailler les élèves sur la notion de causalité au collège, on s’est inspiré d’une histoire vraie : celle de la découverte par Ignaz Semmelweis des règles d’hygiène, ouvrant la voie des découvertes sur l’origine microbienne des épidémies. Semmelweis s’est confrontée à une épidémie étonnante de fièvre puerpérale, touchant un service sur les deux d’un même hôpital. Mener une telle enquête revient à formuler des hypothèses sur la cause de la maladie puis chercher avec rigueur et honnêteté des indices en faveur de l’une ou l’autre des hypothèses.

Nous vous livrons maintenant le témoignage d’un enseignant de SVT, Clément Bastie, enseignant de SVT à Pierrelatte dans la Drôme, au collège Gustave Jaume. Il a réalisé cette activité en interdisciplinarité. C’est lui qui nous en parle.

« Avec un collègue enseignant en mathématiques, nous avons décidé de mener cette activité avec deux classes de troisièmes. L’organisation a été contrainte par nos emplois du temps, nous aurions aimé tout faire en co-intervention, mais nous n’avons pu faire que l’introduction à deux. Nous avons d’abord replacé nos élèves dans le contexte historique, sans trop leur dévoiler l’ampleur de la tâche à réaliser, ils ne savaient même pas que ça allait durer plusieurs séances. Ainsi, ils ont eu l’impression de faire une activité un peu à part, qui s’est poursuivie à leur demande sur une autre séance, dans une autre discipline. C’était très plaisant de les voir aussi investis. Des élèves décrocheurs ayant souvent du mal à se mettre au travail se sont vraiment pris au jeu. On leur distillait les indices petit à petit, de sorte que chaque groupe avance à son rythme. »

La recherche de cause dans la vie quotidienne et en sciences

Dans notre vie quotidienne, nous proposons en permanence des explications aux événements qui arrivent : un coup de fatigue, un collègue en retard, un ordinateur en panne, la météo changeante, la performance d’un élève… pour chaque observation ou presque nous imaginons spontanément des causes. Souvent, nous prenons ces intuitions pour argent comptant ! Il est normal de ne pas chercher des preuves pour chaque chose qu’on affirme et nos intuitions sont souvent bonnes. Cependant, lorsque les enjeux sont importants, nous pouvons nous satisfaire à tort de nos hypothèses. Or celles-ci peuvent être fausses : par exemple, il est tentant lorsque deux phénomènes arrivent en même temps de considérer le premier comme la cause du second. Si on observe plus d’attaques de requins sur la plage où l’on vend plus de glace, on pourra penser que la consommation de glace favorise les accidents ! En science, un protocole est toujours mis en place pour vérifier la validité d’une hypothèse.

« Dans l’enquête de Semmelweis, on en vient ainsi à penser que les hommes sont responsables de la maladie car ils sont plus brutaux. Un grand moment de l’activité a été le rebondissement de cette hypothèse précisément. Les élèves étaient persuadés d’être arrivés au bout de l’enquête. C’était génial de les voir tout remettre en cause et encore approfondir leurs recherches. Ils ont appris l’importance de valider une hypothèse avec des preuves. Une manière d’argumenter en faveur ou contre cette hypothèse consiste à comparer le sort de femmes du même service qui sont soignés par des hommes brutaux et d’autres qui font attention. On se retrouve ainsi dans un cadre expérimental où l’on fait varier un unique facteur. Les élèves ont découvert que l’hypothèse tombait et qu’il fallait chercher plus loin ! »

Marier les programmes de sciences et l’éducation à l’esprit critique

Le parti pris de la Fondation La Main à la Pâte n’est pas d’ajouter une éducation à l’esprit critique en plus des programmes, mais au contraire de distiller des gouttes d’esprit critique chaque fois que cela est possible. Si nous pouvons avoir confiance dans la connaissance scientifique, c’est par exemple du fait des stratégies qu’elle met en oeuvre dans la recherche de causes, ce qui évite les pièges de notre raisonnement naturel. Apprendre cela aux élèves peut se faire en partant des cours disciplinaires classiques. Bien entendu, l’interdisciplinarité devient un atout sur lequel s’appuyer.

« Mon collègue de mathématiques a pu travailler des notions de statistiques, en insistant sur le caractère significatif des valeurs. En SVT, j’ai pu inclure cette activité dans le thème sur les défenses de l’organisme : c’est un très bon moyen d’introduire la notion de micro-organismes pathogènes, et on aurait même pu aller jusqu’à une observation microscopique si le temps nous l’avait permis. Surtout nous avons pu, à la fin de la séance, parer du piège des corrélations (on parle de l’effet cigogne) avec d’autres exemples faciles d’accès. Nous avons ainsi fait le lien entre l’esprit scientifique et l’esprit critique. Une très belle activité. Merci à ses concepteurs.trices ! »

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